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jeudi 13 juin 2013

N°14 : Visiter Chambord

Huit jours après cette aventure londonienne, le 8 mai 2010, j’ai continué sur ma lancée et ai un peu forcé mes parents à m’accompagner à Chambord pour le numéro 14. 

J'étais en Master II de Lettres Modernes et j’avais très peu de cours. J’avais plein de temps libre et je voulais en profiter. Mes parents, eux aussi, ont réalisé un vieux rêve en s’achetant leur camping-car. De troisième main, l’engin passe plus de temps en réparation que sur les routes. Quelques mois auparavant, j’avais réussi à les faire descendre jusqu’à Arcachon. Et vu que ça ne s’était pas trop mal passé, ils ont accepté de m’escorter dans la demeure de François Ier. 
 
J’ai tenu à payer les entrées car c’était pour ma liste. Il fallait faire les choses dans les règles. C’était comme je l’imaginais. On a eu une visite guidée et on a pris tout plein de photos comme de gentils touristes. Mais j’ai surtout essayé de photographier mentalement chaque coin de ce château qui me faisait rêver depuis que je l’avais vu dans un livre éducatif étant enfant. Le passage du rêve à la réalité est toujours délicat. C’est d’ailleurs le sujet de mon mémoire de Master II (les récits de voyage à Madagascar). Il y a une forte attente, une image fantasmée, idéalisée dont on n’a pas envie de se séparer. Aussi puissant le désir de réaliser notre rêve peut-il être, on sait qu’une fois que ce sera fait, il n’y aura plus de retour possible. Le rêve sera remplacé par la réalité, quelle soit à la hauteur de nos attentes ou non. C’est donc un pari, du quitte ou double. Pas étonnant que l’on ressente une pointe de stress au moment venu. On aimerait tant que tout soit parfait. 

Pour Chambord, je n’ai pas été déçue. Certes, je l’imaginais plus grand. Certes, je ne pourrais plus laisser mon imagination choisir l’aménagement des jardins que l’on ne voyait pas sur les photos. Mais je l’ai vu de mes propres yeux, j’ai touché ses murs blancs et partagé cette découverte avec mes parents. Et puisque nous étions dans la vallée de la Loire, nous en avons profité pour visiter également le château d’Amboise dans lequel Anne de Bretagne est passée quelques centaines d’années avant nous.

Maniaque de la liste

Je fais des listes pour tout : liste de courses bien sûr mais aussi liste de choses à faire dans la journée, dans la semaine, liste des rendez-vous du mois, liste des choses à ne pas faire, liste des cadeaux d'anniversaire potentiels pour les autres, liste d'envie de cadeaux pour moi, etc. Et puis, il y a THE liste : celle des choses à faire avant 30 ans. C'est-à-dire dans moins de deux ans. Autant dire que c'est foutu pour certains points comme le numéro 10 : "Aller en Inde" ou le numéro 16 : "Apprendre à faire du piano". Sur 17, j'en ai réalisé huit :
2- Voler en ULM
6- Manger japonais
8- Aller au hammam avec mes copines
9- Essayer une robe de mariée
11- Voir une pièce de Shakespeare au London Globe Theater
13- Faire du stop
14- Visiter Chambord
15- Voir un ballet à l’Opéra Garnier

Et c'est déjà pas mal je trouve ! 

Voici les points non réalisés :
1- Ecrire un livre
3- Retourner à Madagascar
4- Etre figurante dans un film d’époque
5- Aller au Jane Austen Festival à Bath et danser au bal
7- Faire une retraite spirituelle
10- Aller en Inde
12- Aller à New York
16- Apprendre à jouer un peu de piano
17- Voir une course de chevaux dans un hippodrome

Évidemment, ce sont mes envies et certaines vont paraissent peut-être stupides ou futiles. Et je suis sûre que vous êtes déjà en train d’imaginer la vôtre. Cette liste a beaucoup intéressé mes amis et en a même inspiré certains. Ils me questionnent souvent sur son avancement. Je suis parfois honteuse de leur avouer que rien n’a changé. Pourtant, je ne devrais pas prendre cela trop à cœur. Si j’ai fait cette liste, ce n’est pas pour me stresser, pour me forcer à faire ces choses dans l’urgence et risquer de les bâcler. Il faut que ma liste soit un amusement avant tout. Je la garde dans mon portefeuille comme un pense-bête. Elle me rappelle que la vie est faite pour être dégustée, qu’on ne doit pas se priver de plaisirs sous prétexte qu’on n’a pas le temps, que c’est futile ou je ne sais quoi. 

Ma grande déception est de ne pas encore avoir fait le numéro 5 : "Aller au Jane Austen Festival à Bath et danser au bal". ça paraît accessible comme rêve. Bath, c'est en Angleterre, ce n'est pas si loin. Oui mais c'est un coût car non seulement il faut payer le transport et le logement mais également tous les événements du festival auxquels on veut participer. Par exemple, l'entrée au grand bal coûte plus de 80£ ! Je devrais économiser pendant des mois pour réunir suffisamment d'argent. Je n'y arrivais pas quand je travaillais, j'y arriverai encore moins maintenant que je suis au chômage ! Il faut prévoir son voyage longtemps à l'avance pour réserver les places, se faire un costume. Et comme je ne veux pas y aller seule, trouver quelqu'un qui accepterait de m'accompagner et de se déguiser ! Mission impossible.